Autisme – Apport de l’oculométrie


Autisme : apport de l’oculométrie pour la compréhension des difficultés de traitement de l’information des stimuli dynamiques

Notre équipe : Carole Tardif (Pr. Psychologie), Bruno Gepner (Pr. Pédopsychiatrie), Aurore Charrier (Post-doctorante), Anaïs Godde (doctorante), Thomas Arciszewski (Ingénieur) et étudiants en Master de Psychologie et de Neurosciences.

Nos partenaires : FAVIE (Fédération Autisme Vie Entière), APAR (Association Prévention Autisme Recherche), ARAPI (Association pour la Recherche sur l’Autisme et la Prévention des Inadaptations), Structures du secteur sanitaire et médico-social : CRA, Sessad, Samsaad, Hôpitaux de jour, de la région PACA et autres régions partenaires de nos projets.

 

1/ Étude déjà réalisée dans le cadre de la thèse d’Aurore Charrier « Améliorer les compétences communicatives dans l’autisme en ralentissant les informations auditives et visuelles : une étude longitudinale et comportementale avec l’oculométrie », soutenue en décembre 2014 (financement 3 ans, Région PACA, 2011-2014). Direction : Carole Tardif

La communication entre deux ou plusieurs partenaires nécessite que chacun d’entre eux traite rapidement et correctement les indices visuels et auditifs qui sont transmis pendant l’interaction. Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) sont définis par des anomalies majeures de la communication sociale (APA, 2013) et des anomalies du traitement des informations sensorielles. En particulier, les signaux dynamiques impliqués dans les échanges (mouvements du visage, des lèvres, des yeux, mimiques faciales émotionnelles, mais aussi sons de la parole) sont souvent trop rapides et/ou complexes pour être convenablement traités (globalement, en temps réel) par les personnes avec TSA (Gepner et al., 1995 ; 2001 ; Gepner et Tardif, 2006) . Aussi, ralentir ces signaux pourrait les aider à les percevoir et, secondairement, faciliterait leur compréhension et leur participation aux interactions sociales (Gepner et Tardif, 2009). Plusieurs études de cas longitudinales montrent l’amélioration de l’attention, de la communication socio-émotionnelle, et du comportement chez des enfants exposés de manière répétée à des séquences audio-visuelles ralenties (Meiss et al, 2015).

Pour valider ces résultats auprès d’une cohorte d’enfants autistes, un protocole a été mis au point dans lequel un groupe d’enfants avec TSA, âgés de 3 à 8 ans, a bénéficié durant un an de séances hebdomadaires d’orthophonie impliquant l’utilisation d’un logiciel qui permet de ralentir les sons et images des films (Logiral™, Tardif et Gepner, 2010) tandis qu’un groupe contrôle d’enfants avec TSA a bénéficié de séances d’orthophonie, mais sans l’utilisation de Logiral™.

Les comparaisons ont porté sur 1) l’évolution au cours du temps des compétences socio-communicatives des enfants des deux groupes, ainsi que sur 2) leurs comportements d’exploration visuelle du visage d’une narratrice présenté à l’écran en train de raconter une histoire dans des vitesses différentes, mesurés par la technique d’eye-tracking.

Les principaux résultats montrent que seuls les enfants qui ont bénéficié du logiciel de ralentissement présentent une amélioration significative de leur répertoire imitatif au cours du temps, ainsi qu’une diminution de leurs comportements inadaptés. Et, après un an d’utilisation de Logiral™, ces enfants regardent davantage le visage et ses caractéristiques internes (yeux et bouche), ce qui n’est pas observé chez les enfants du groupe contrôle (Charrier et al, en préparation). De plus, même sans entraînement au ralenti, la présentation ralentie des visages accroît aussi l’exploration du visage et de ses caractéristiques internes (Charrier Tardif, Gepner, en révision ; Gepner, Charrier, Tardif, en préparation).

2/ Étude en cours dans le cadre de la thèse d’Anaïs Godde « Étude de l’impact du ralentissement du geste graphomoteur sur les activités d’écriture d’enfants et d’adultes avec autisme » (financement 3 ans, Contrat Doctoral ED 356, 2014-2017). Direction : Carole Tardif. Co-direction : Raphaèle Tsao.

Cette recherche cible l’activité d’écriture, étudiée auprès d’une population au développement atypique, et plus précisément des enfants avec autisme. Deux raisons motivent le choix de cette recherche. D’une part l’écriture manuscrite pose problème à de nombreux enfants avec autisme, car c’est une activité complexe nécessitant vitesse et précision, caractéristiques altérées chez ces enfants, les confrontant à des difficultés dans la formation des lettres, l’organisation spatiale des tracés et la vitesse de production (Fuentes, Mostofsky, & Bastian, 2009). D’autre part, la sollicitation massive du geste graphomoteur au cours du cursus (McHale & Cermak, 1992 ; Graham, 2010) entrave bien souvent leur scolarité, rendant très pénibles les tâches ayant recours à l’écriture dont la maîtrise s’avère pourtant essentielle au bon déroulement de la scolarité (Fayol & Miret, 2005 ; Vinter & Zesiger, 2007).

Ainsi, cette recherche vise (1) à explorer les productions écrites pour comprendre la nature des déficits dans le domaine de l’écriture chez les personnes avec autisme (aspects temporel, spatial et cinématique du geste d’écriture) et 2) à tenter d’y remédier en proposant un ralentissement des gestes au moyen d’un logiciel conçu à cet effet (Tardif & Gepner, 2010, Logiral™) ayant déjà montré des bénéfices du ralenti face aux désordres du traitement temporo-spatial (DTTS) des stimuli multi-sensoriels dans l’autisme (Tardif et al, 2007 ; Lainé et al, 2011 ; Gepner, Lainé, & Tardif, 2010 ; Meiss et al, 2015).

Pour cela, nous proposons une tâche d’écriture à des enfants avec autisme, que nous comparons à deux groupes témoins d’enfants au développement typique de même âge chronologique et de même âge de développement. Les enfants sont assis face à un écran d’ordinateur, sur lequel des lettres, des pseudo-lettres ou des mots vont apparaître dans différentes vitesses. Une fois que le modèle a disparu, il est demandé à l’enfant d’écrire ce qu’il a vu sur une feuille posée sur une tablette graphique qui enregistre des données au niveau temporel, spatial et cinématique du geste. Ces données vont être couplées à des données oculométriques reccueillies avec l’eye-tracker Tobii X2-60 du Babylab où se déroule l’étude. Grâce à l’oculométrie, nous récolterons des informations relatives à la poursuite visuelle lors de la présentation des stimuli, ainsi que les temps de fixations, leurs nombres et les zones observées. Cette approche méthodologique permet la collecte de données novatrices dans le champ de l’écriture chez des enfants et des adultes au développement typique et atypique (avec autisme).

Les résultats permettront non seulement de mieux comprendre les mécanismes en jeu dans les difficultés graphomotrices et d’écriture des enfants et adultes avec TSA, mais aussi peut-être de proposer un outil de remédiation de ces difficultés, via le ralentissement des informations visuo-spatiales entrantes.